Alexane Goullet de Rugy, poissonnerie SEA RENNES à Mordelles

Alexane Goullet de RugyRien ne prédestinait Alexane à enfiler le ciré et les bottes sur les marchés rennais. À l’origine, elle suit des études d’ingénieure agronome à Rennes, avec une spécialisation en sciences de la pêche et de l’aquaculture. Sa formation couvre l’ensemble de la filière, « du poisson dans la mer jusqu’au poisson dans l’assiette ».
C’est précisément cette partie aval qui la passionne : comment valoriser et commercialiser au mieux le poisson une fois pêché ?

Alors qu’elle se destine à une carrière de conseillère scientifique, une rencontre va changer le cours de son parcours. Un poissonnier, intervenu dans son école, lui fait découvrir le métier. Elle commence alors comme extra le samedi matin sur le célèbre marché des Lices, à Rennes. Le coup de cœur est immédiat. Malgré les doutes et les préjugés encore présents dans le secteur, elle décide de relever le défi. Guidée par Hervé, son ancien patron, bienveillant et déjà sensibilisé aux enjeux de durabilité, elle apprend le métier. Quatre ans plus tard, Alexane est à son compte, gère sa propre poissonnerie et anime cinq marchés par semaine, du mardi au samedi, dans la région rennaise.

Une démarche durable ancrée dans la réalité du terrain

Pour Alexane, impossible d’exercer ce métier physique et exigeant sans y insuffler ses valeurs : « Je ne vais pas faire ce métier-là pour vendre n’importe quoi ». Son critère numéro un ? Ne proposer que des espèces ayant atteint leur taille de maturité sexuelle afin de leur laisser le temps de se reproduire. Elle privilégie les engins de pêche dormants (lignes, filets, casiers), travaille en direct avec des pêcheurs artisans locaux, ou s’approvisionne en poissons achetés à la criée d’Audierne…

Son engagement se traduit également par des choix forts concernant trois produits emblématiques de la poissonnerie : le saumon, le cabillaud et les crevettes.

Le cabillaud est devenu une espèce exceptionnelle, proposée uniquement lorsqu’elle répond à des critères de sélection rigoureux.

Quant au saumon, qui représentait autrefois 15 % de son chiffre d’affaires, Alexane a réussi le pari de le supprimer totalement de son étal depuis janvier, au terme de quatre années de pédagogie auprès de sa clientèle. Pour les crevettes, elle privilégie des alternatives locales et innovantes, notamment celles élevées en aquaponie en Bretagne.

L’engagement avec Ethic Ocean : structurer ses valeurs

C’est lors d’une rencontre avec Manon Fouchard qui fait partie de l’Équipage de la mer d’Ethic Ocean, qu’Alexane découvre l’association et la charte de professionnels engagés. Si elle respectait déjà la grande majorité des critères, son engagement lui a permis d’aller encore plus loin dans sa démarche. Elle a notamment cessé de vendre certaines espèces, comme le bulot ou le tourteau, après avoir pris conscience des tensions qui pèsent sur leurs populations.

Ravie de voir que les poissonniers, souvent moins mis en lumière que les chefs ou les pêcheurs, sont enfin valorisés dans les démarches de produits de la mer durables. Elle espère aujourd’hui semer des graines auprès de ses collègues et les convaincre de suivre cette démarche.
Un défi qui reste complexe dans un contexte économique tendu, où les arbitrages en faveur de la durabilité peuvent représenter un coût important pour les professionnels.

Diversifier la consommation pour préserver l’océan

« Face à la raréfaction des ressources marines, il est urgent de diversifier notre consommation. La mer est d’une richesse infinie, mais la demande se concentre sur un nombre limité d’espèces. Je propose à mon étal des espèces méconnues et délaissées comme le tacaud, le congre, ou encore le grondin. »

Souvent peu valorisés commercialement et parfois malmenées à bord des bateaux en raison de leur faible rentabilité, ces espèces méritent d’être pêchées avec soin et mises en valeur par les poissonniers.

Grâce à sa clientèle jeune et à son positionnement assumé contre le saumon et le cabillaud, Alexane parvient progressivement à orienter ses clients vers ces poissons locaux et souvent plus abordables.